Le pape Léon XIV hausse le ton face à l’intelligence artificielle et aux dérives géopolitiques mondiales. Dans sa première grande encyclique publiée lundi, le souverain pontife appelle les gouvernements à freiner le développement incontrôlé des systèmes d’IA, qu’il accuse d’alimenter la désinformation, les conflits et une logique de guerre permanente.
Dans ce texte de près de 43 000 mots intitulé Magnifica Humanitas (« Magnifique Humanité »), le premier pape américain livre une réflexion profonde sur les mutations technologiques, les crises internationales et les responsabilités politiques. Il y dénonce notamment la concentration des données d’intelligence artificielle entre les mains d’intérêts privés et appelle à un encadrement mondial plus strict.
« Ce qu’il faut, c’est un engagement politique plus actif, capable de ralentir les choses alors que tout s’accélère », écrit le pontife, plaidant pour des lois solides, une surveillance indépendante et une meilleure protection des travailleurs et des enfants face aux nouvelles technologies.
Le chef de l’Église catholique s’inquiète également de l’utilisation militaire de l’IA. Il juge « inadmissible » que des systèmes automatisés puissent prendre des décisions de vie ou de mort. Pour lui, toute utilisation de l’intelligence artificielle dans les conflits armés doit être soumise à des règles éthiques extrêmement strictes.
Au-delà de l’IA, le texte prend une forte dimension géopolitique. Le pape critique ouvertement la multiplication des guerres dans le monde et remet en cause la théorie de la « guerre juste », longtemps défendue par l’Église pour encadrer moralement certains conflits. Selon lui, cette doctrine a trop souvent servi à légitimer la violence.
« La paix ne peut devenir un simple intervalle fragile entre deux conflits », avertit-il, dénonçant aussi les intérêts économiques liés à l’industrie de l’armement et les stratégies politiques qui utilisent les guerres pour détourner l’attention des crises internes.
Le souverain pontife aborde également les conséquences humaines de l’économie numérique. Il évoque les travailleurs exploités dans les chaînes de production technologique et les enfants exposés à des conditions dangereuses dans l’extraction des minerais rares nécessaires aux appareils électroniques.
Dans un passage particulièrement marquant, Léon XIV reconnaît aussi les fautes historiques de l’Église catholique concernant l’esclavage transatlantique et présente des excuses officielles : « Ceci constitue une blessure dans la mémoire chrétienne. Pour cela, au nom de l’Église, je demande sincèrement pardon. »
À travers cette encyclique, le Vatican entend replacer l’humain au centre des débats technologiques et politiques. Le pape appelle enfin les dirigeants et les citoyens à ne pas céder au fatalisme face aux risques de l’IA et à construire, selon ses mots, « le bien commun » plutôt qu’une nouvelle « tour de Babel » technologique.


