Deux jours après la décision du Ghana de porter devant une juridiction internationale le différend sur la délimitation de la frontière maritime commune, le gouvernement togolais a clarifié sa position face à la presse nationale et internationale. La rencontre s’est tenue au ministère de l’Administration territoriale, de la Gouvernance locale et des Affaires coutumières.
À l’origine du contentieux, des incidents maritimes survenus entre 2016 et 2018 dans une zone où les frontières n’étaient pas encore formellement délimitées. Selon les autorités togolaises, ces tensions n’ont jamais dégénéré en affrontements armés entre les marines des deux pays. Soucieux d’éviter toute escalade, Lomé affirme avoir privilégié un règlement pacifique, conformément à la Charte des Nations Unies et à la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer.
Dès juin 2018, un cadre bilatéral de discussions a été mis en place entre la Commission nationale des frontières maritimes du Togo et la Ghana Boundary Commission. Entre 2018 et 2023, onze réunions officielles ont eu lieu, alternativement à Lomé et à Accra. Des avancées techniques ont été enregistrées, notamment un accord sur le point de départ de la frontière maritime, la ligne de base pertinente et la carte maritime de référence.
Mais le cœur du litige persiste. Le Togo estime que le tracé purement technique issu des calculs ne prend pas suffisamment en compte certains éléments historiques et sécuritaires, susceptibles de justifier un réajustement. Parmi les arguments avancés figure l’usage historique d’une zone maritime où mouillaient les navires à destination du port de Lomé, un élément que la partie togolaise considère déterminant pour garantir un accès équitable à la haute mer.
Pour Noupokou Dammipi, négociateur principal du Togo, les textes internationaux encadrant la délimitation maritime prévoient la possibilité d’ajustements lorsque des circonstances particulières le justifient. L’objectif affiché par Lomé est d’obtenir une révision du tracé technique afin d’assurer un accès souverain et équitable aux espaces maritimes internationaux.
Le contexte politique au Ghana, marqué par le retour au pouvoir de John Dramani Mahama et des changements au sein de la commission ghanéenne des frontières, laissait espérer une relance des discussions. Toutefois, la saisine arbitrale par Accra a surpris la partie togolaise, qui affirme ne pas considérer les négociations comme rompues.

Le ministre Hodabalo Awaté a réaffirmé l’attachement du Togo au règlement pacifique des différends et au respect du droit international. Le gouvernement assure qu’il participera à la procédure avec responsabilité et sérénité, tout en défendant fermement ses intérêts.
Au-delà de la dimension territoriale, les enjeux économiques sont majeurs. La zone concernée se situe dans le bassin du Golfe de Guinée, connu pour son fort potentiel pétrolier et gazier. Le Ghana exploite déjà d’importants champs offshore qui contribuent significativement à son économie. Une modification de la ligne de délimitation pourrait influencer l’attribution de futurs blocs d’exploration, les recettes fiscales et les investissements énergétiques.
Pour le Togo, qui ne produit pas encore de pétrole offshore, l’enjeu est stratégique : sécuriser un accès à d’éventuelles ressources futures et préserver un levier de diversification économique. Pour le Ghana, il s’agirait surtout de protéger ses acquis.
Ce différend maritime dépasse ainsi le cadre technique. Il s’inscrit dans une dynamique régionale où souveraineté, sécurité juridique et perspectives énergétiques se croisent, avec en toile de fond l’équilibre économique des deux pays du Golfe de Guinée.


