Le développement rapide des véhicules électriques devrait soutenir fortement la demande en métaux nécessaires à leur fabrication. Mais selon une analyse publiée en août 2026 par Wood Mackenzie, la disponibilité des ressources ne constitue pas le principal risque. Le véritable défi pourrait résider dans la capacité de l’industrie minière à développer suffisamment vite de nouvelles capacités de production, notamment pour le cuivre.
Dans son rapport Electric Shock: How electric vehicles could hit the accelerator, le cabinet envisage un scénario dans lequel la part des véhicules électriques dans le parc mondial de véhicules particuliers et commerciaux passerait de 4 % en 2025 à 25 % en 2040. Dans une trajectoire de croissance plus rapide, le nombre de véhicules électriques en circulation pourrait être environ 50 % supérieur à celui prévu dans ce scénario de référence.
Le cuivre apparaît comme le métal le plus susceptible de créer un déséquilibre entre l’offre et la demande. Wood Mackenzie estime que les ressources disponibles sont suffisantes, mais que leur mise en production pourrait ne pas suivre le rythme de la demande. L’industrie cuprifère devrait ainsi porter sa capacité annuelle moyenne nouvellement mise en service à près de 960 000 tonnes d’ici 2040, contre environ 850 000 tonnes actuellement.
Pour atteindre ce niveau, quelque 25 milliards de dollars d’investissements supplémentaires seraient nécessaires, en plus des quelque 250 milliards déjà prévus dans le scénario de référence. Le principal obstacle tient aux délais de développement des projets miniers, qui comprennent l’exploration, les études, le financement, l’obtention des autorisations, la construction des infrastructures et la montée en puissance des sites de production.
Le cobalt présente une situation différente. Le rapport le classe, avec le manganèse, parmi les métaux moins exposés à un risque de pénurie dans le scénario étudié. Une partie de la production supplémentaire pourrait notamment provenir des activités minières de cuivre en République démocratique du Congo (RDC) et de nickel en Indonésie, le cobalt étant souvent récupéré comme sous-produit.
Cette perspective pourrait renforcer l’importance des grands bassins miniers africains dans l’approvisionnement mondial. La RDC figure, aux côtés de l’Argentine et du Pakistan, parmi les pays susceptibles d’attirer davantage de capitaux pour accompagner la progression de l’offre. Les difficultés rencontrées pour développer de nouveaux projets au Chili, au Pérou ou encore aux États-Unis pourraient également pousser certains investisseurs à se tourner vers d’autres juridictions.
La RDC et la Zambie disposent déjà de plusieurs projets susceptibles d’accroître significativement leur production de cuivre au cours de la prochaine décennie. Dans son Global Critical Minerals Outlook 2026, publié en juillet, l’Agence internationale de l’énergie estime d’ailleurs que le déficit potentiel de l’offre mondiale de cuivre à l’horizon 2035 serait ramené d’environ 30 % à près de 25 %, notamment grâce aux nouvelles capacités attendues dans ces deux pays.
Selon les projections de l’AIE, la RDC et la Zambie pourraient apporter ensemble environ 650 000 tonnes de capacités supplémentaires d’ici 2035 par rapport aux estimations réalisées un an auparavant. En RDC, cette révision tient notamment compte de l’augmentation attendue de la production de minerais oxydés et de l’extension de plusieurs exploitations, dont Kisanfu. En Zambie, elle prend en compte l’agrandissement de Lumwana et plusieurs projets de plus petite taille.
Ces perspectives ne suffisent toutefois pas à écarter les risques sur l’approvisionnement. Le financement des projets, la disponibilité de l’énergie et des infrastructures ainsi que le respect des calendriers restent déterminants. Les perturbations enregistrées récemment à Kamoa-Kakula et les difficultés liées à l’approvisionnement en acide sulfurique en RDC et en Zambie illustrent cette réalité de disposer de ressources importantes ne garantit pas automatiquement leur transformation en volumes disponibles sur le marché.


