Le Cameroun a pris la décision d’interdire toute discussion concernant la santé du président Paul Biya, âgé de 91 ans. Cette mesure a été annoncée dans une lettre émanant du ministère de l’Intérieur, après que l’absence prolongée du président a suscité des spéculations sur son état de santé. Les autorités ont tenté de rassurer le public en déclarant que Biya était en visite privée à Genève et en bonne santé, qualifiant les rumeurs de « pure fantaisie ».
Dans une lettre datée du 9 octobre, le ministre de l’Intérieur, Paul Atanga Nji, a affirmé que toute discussion sur la santé du président représentait une question de sécurité nationale. Il a ordonné que « tout débat dans les médias sur l’état de santé du président soit strictement interdit », ajoutant que ceux qui enfreindraient cette directive seraient soumis à la rigueur de la loi. Les gouverneurs régionaux ont également été instruits de surveiller les émissions des médias privés ainsi que les discussions sur les réseaux sociaux.
Le Cameroun, riche en ressources comme le cacao et le pétrole, n’a connu que deux présidents depuis son indépendance dans les années 1960. Cela soulève des inquiétudes quant à une éventuelle crise de succession, si Biya devait devenir trop malade pour continuer à gouverner ou décéder. Le Conseil national de la communication, responsable de la régulation des médias, n’a pas pu être contacté immédiatement pour commenter cette situation.
Cette interdiction a été vivement critiquée, certains y voyant un acte de censure d’État. Hycenth Chia, journaliste à Yaoundé et animateur sur la chaîne privée Canal2 International, a déclaré : « Le président est élu par les Camerounais et il est normal qu’ils s’inquiètent de son sort. » Il a également souligné que les discussions sur la santé d’autres dirigeants mondiaux, comme Joe Biden, sont fréquentes et ouvertes.
Le Comité pour la protection des journalistes, un groupe engagé pour la liberté de la presse, a exprimé de vives préoccupations face à cette décision. Angela Quintal, responsable du programme Afrique du CPJ, a qualifié cette mesure de « scandaleuse », affirmant que cacher des informations cruciales derrière la notion de sécurité nationale est inacceptable.
Paul Biya n’a pas été aperçu en public depuis sa participation au forum Chine-Afrique à Pékin début septembre. Son absence lors d’un récent sommet en France a intensifié les discussions sur sa santé, alimentant davantage les spéculations au sein du pays.


