La tension est montée d’un cran ce jeudi 12 juin 2025 dans les rues de Nairobi. Des centaines de manifestants sont descendus dans le centre-ville pour protester contre la mort controversée du blogueur kényan Ojwang, survenue alors qu’il était en garde à vue. Des véhicules ont été incendiés, tandis que les forces de l’ordre ont eu recours aux gaz lacrymogènes pour disperser la foule, selon des images captées par Reuters TV.
L’affaire a déclenché une vague d’indignation nationale. Initialement qualifiée de suicide par la police, la mort d’Ojwang a été officiellement attribuée, mercredi, à des violences policières, selon les déclarations du président William Ruto. « Ojwang est mort aux mains de la police », a reconnu le chef de l’État, en contradiction avec la première version avancée par les forces de sécurité.
Le blogueur avait été arrêté le vendredi précédent dans l’ouest du Kenya, accusé d’avoir tenu des propos diffamatoires à l’encontre du chef adjoint de la police, Eliud Lagat. La police affirmait qu’il s’était blessé en se cognant la tête contre le mur de sa cellule. Une version aujourd’hui largement discréditée.
L’autopsie réalisée par une équipe comprenant le pathologiste indépendant Bernard Midia a révélé des blessures graves : traumatisme crânien, compression du cou et lésions internes, laissant peu de doute sur une mort résultant d’une agression. Ces éléments ont intensifié les appels à la démission du haut responsable de la police concerné. Des manifestants ont notamment scandé « Lagat must go », arborant des drapeaux kenyans en signe de défi.

Face au tollé, l’inspecteur général de la police, Douglas Kanja, a présenté ses excuses, reconnaissant que les premières conclusions sur un suicide étaient erronées. Pendant ce temps, l’Autorité indépendante de surveillance de la police (IPOA) a ouvert une enquête, alors que l’Union européenne et les États-Unis ont appelé à faire toute la lumière sur cette affaire.
Cette nouvelle controverse met une fois encore à l’épreuve les engagements du président Ruto, qui avait promis d’en finir avec les exécutions extrajudiciaires. Les ONG de défense des droits humains, quant à elles, dénoncent une culture persistante d’impunité au sein des forces de l’ordre, malgré les annonces répétées de réforme.


