En Afrique du Sud, un dossier longtemps enfoui refait surface avec un verdict lourd de sens pour la mémoire nationale. Plus de trente-huit ans après les faits, deux anciens policiers ont été reconnus coupables du meurtre de Caiphus Nyoka, jeune leader estudiantin abattu en 1987 au plus fort de l’apartheid. La décision, rendue mardi par la Haute Cour de Gauteng à Johannesburg, met fin à des décennies d’impunité autour de cette affaire emblématique. Un troisième prévenu a, lui, été acquitté, tandis que la peine des deux condamnés sera annoncée ultérieurement.
Le dossier a ressurgi en 2019 lorsque Johan Marais, ancien membre d’une unité spéciale tristement réputée, a admis avoir participé à l’opération meurtrière. Sa confession, suivie d’une condamnation à 15 ans de prison, a ouvert la voie à la poursuite de ses anciens collègues Abraham Engelbrecht et Pieter Stander. Les investigations menées ont mis en évidence la violence extrême de l’assaut qui avait coûté la vie à Caiphus Nyoka à son domicile familial près de Johannesburg, dans un contexte où les exécutions politiques étaient fréquemment maquillées en actes de légitime défense.
Malgré une première tentative d’éclaircissement par la Commission vérité et réconciliation à la fin des années 1990, le dossier n’avait alors débouché sur aucun acte d’accusation. Comme de nombreux crimes commis durant la période ségrégationniste, il était resté sans suite, alimentant la frustration des familles de victimes et d’une partie de l’opinion.
La nouvelle orientation prise par les autorités sud-africaines vise désormais à revisiter plusieurs dossiers sensibles longtemps laissés en suspens. Ces derniers mois, les enquêtes ont été relancées sur des figures majeures de la lutte anti-apartheid, notamment Albert Luthuli, dont la mort en 1967 a été officiellement réévaluée comme un homicide, et Steve Biko, décédé en 1977 dans des circonstances qui feront également l’objet d’un nouvel examen.
Les autorités souhaitent aussi déterminer si certaines affaires auraient été volontairement entravées après la fin de l’apartheid. Une démarche qui, pour de nombreux observateurs, marque une étape importante dans la volonté d’établir enfin toute la vérité sur les violences d’État commises durant cette période sombre et de rendre justice aux familles encore en attente de réponses.


