Sous haute surveillance de l’opinion publique, le Parlement kényan a adopté ce jeudi la loi de finances pour l’exercice 2025/2026, tout en écartant l’un des articles les plus controversés : la possibilité pour l’administration fiscale d’accéder de manière illimitée aux données personnelles des contribuables.
Dans un climat encore marqué par les douloureux souvenirs des manifestations de l’an dernier — qui avaient fait plus de 60 morts et contraint le président William Ruto à renoncer à une vaste réforme fiscale —, les parlementaires ont choisi de faire preuve de prudence. La proposition d’octroyer à l’Autorité fiscale du Kenya (KRA) un droit d’accès direct aux données, sans mandat judiciaire, a été catégoriquement rejetée par la commission des finances.
Pour les députés, cette disposition aurait violé les garanties constitutionnelles en matière de vie privée et dépassé le cadre légal existant. La législation en vigueur autorise déjà la KRA à obtenir des informations fiscales, à condition qu’une décision de justice le permette. Le maintien de cet équilibre entre impératif fiscal et libertés individuelles a donc été jugé essentiel.
Le budget, présenté par le ministre des Finances John Mbadi, prévoit 4 290 milliards de shillings (environ 33 milliards de dollars) de dépenses pour l’exercice fiscal qui débutera en juillet. Le gouvernement ambitionne de mobiliser 30 milliards de shillings supplémentaires (près de 233 millions de dollars), principalement en renforçant la conformité fiscale plutôt qu’en introduisant de nouvelles taxes majeures.
Alors que la mémoire des violences de 2024 reste vive, le vote de cette loi de finances se veut un signal d’apaisement. Le président Ruto, qui devrait signer la loi dans les prochains jours, est attendu sur sa capacité à concilier réformes budgétaires et respect des droits fondamentaux.


