Au Cameroun, l’élection présidentielle prévue ce dimanche s’annonce décisive pour l’avenir politique du pays. Le président sortant, Paul Biya, 92 ans, entend prolonger son règne en sollicitant un huitième mandat, qu’il espère obtenir malgré les signes de lassitude d’une partie de la population et la montée d’un nouvel adversaire, Issa Tchiroma Bakary.
Aux commandes depuis 1982, Paul Biya a bâti un pouvoir centralisé et résilient, consolidé notamment par la suppression de la limitation des mandats en 2008. Réélu à plusieurs reprises avec de larges marges, il reste la figure dominante de la scène politique camerounaise, bien que ses rares apparitions publiques continuent d’alimenter les spéculations sur son état de santé.
Lors de son unique meeting de campagne tenu à Maroua, dans le nord du pays, le président a remercié ses partisans pour leur fidélité, tout en reconnaissant les difficultés économiques et sociales qui persistent. « Je sais que les attentes sont grandes et que les frustrations existent, mais nous surmonterons ces défis ensemble », a-t-il déclaré.
Face à lui, Issa Tchiroma Bakary, ancien porte-parole du gouvernement et ex-ministre de l’Emploi, s’impose comme le principal challenger. Depuis sa défection du parti au pouvoir en juin dernier, il critique ouvertement la gestion du régime, qu’il accuse d’avoir plongé le pays dans une dépendance économique vis-à-vis des institutions internationales. « Les Camerounais méritent une gouvernance plus juste et une meilleure répartition des richesses », affirme-t-il lors de ses rassemblements.
Malgré son dynamisme sur le terrain, les analystes politiques estiment que Tchiroma aura du mal à convertir cette popularité en suffrages, notamment dans les zones rurales où le parti au pouvoir conserve une forte influence. « L’élan observé dans les villes pourrait ne pas suffire à inverser la tendance nationale », note Raoul Sumo Tayo, chercheur à l’Institut d’études de sécurité de Pretoria.
Douze candidats sont en lice pour ce scrutin à un seul tour. Le vainqueur, celui qui obtiendra le plus grand nombre de voix, sera proclamé dans un délai de quinze jours.
Alors que le pays retient son souffle, la question qui plane demeure : Paul Biya parviendra-t-il à prolonger son règne de plus de quatre décennies, ou le Cameroun s’apprête-t-il à écrire une nouvelle page de son histoire politique ?


