Les 19 candidats à l’élection présidentielle sénégalaise ont entamé samedi leur campagne électorale, raccourcie de neuf jours par une décision de justice. Le scrutin, initialement prévu le 25 février, a été reporté au 24 mars par le président sortant Macky Sall, qui invoque des raisons techniques et juridiques. Ce report a suscité la colère de l’opposition et de la société civile, qui dénoncent une manoeuvre pour prolonger son mandat et réduire les chances de ses adversaires.
Le Sénégal, considéré comme un modèle de démocratie en Afrique de l’Ouest, a connu plusieurs manifestations et affrontements entre les forces de l’ordre et les partisans de l’opposition depuis l’annonce du report. Le Conseil constitutionnel, chargé de valider la liste des candidats et la date du scrutin, a été accusé de partialité et de corruption par certains opposants, ce qu’il réfute.
La nouvelle date du vote impose aux candidats de faire campagne en un temps record, dans un contexte particulier. En effet, le pays, majoritairement musulman, entre dimanche dans le mois du Ramadan, une période de jeûne et de prière. La campagne coïncide aussi avec le Carême, le temps de pénitence des chrétiens.
Ces circonstances obligent les candidats à adapter leur stratégie et leur discours. “Nous devrons tout changer”, confie à Reuters Khalifa Sall, l’un des principaux rivaux de Macky Sall, dont il n’est pas parent. Ancien maire de Dakar, il se présente comme le candidat du peuple et de la rupture. “Nous ne pourrons plus faire de grands meetings, de grandes fêtes. Ce n’est pas compatible avec le Ramadan, qui est un moment de recueillement, de partage.”
Macky Sall, 62 ans, brigue un second et dernier mandat, selon la Constitution. Il met en avant son bilan économique et social, ainsi que ses projets d’infrastructures et d’énergie. Il affirme avoir reporté le scrutin pour garantir la transparence et la sécurité du processus électoral. Il se dit confiant dans sa victoire dès le premier tour.
Les sondages donnent Macky Sall en tête des intentions de vote, mais sans majorité absolue. Ses adversaires espèrent le contraindre à un second tour, où ils pourraient faire alliance contre lui. Parmi eux, on trouve des personnalités politiques de premier plan, comme Idrissa Seck, ancien Premier ministre, Ousmane Sonko, ancien inspecteur des impôts, ou encore Issa Sall, leader d’un parti religieux.
La campagne présidentielle sénégalaise s’annonce donc intense et incertaine. Les candidats devront convaincre les électeurs dans un délai court et dans un climat tendu. Les observateurs espèrent que le scrutin se déroulera dans le calme et le respect des règles démocratiques.


