Le parquet tanzanien a inculpé vendredi 98 personnes de trahison pour leur implication présumée dans les violentes manifestations survenues à la suite des élections générales de la semaine dernière, selon des documents judiciaires consultés par Reuters.
Ces inculpations sont les premières depuis les troubles post-électoraux qui ont secoué le pays. Le principal parti d’opposition, CHADEMA, et plusieurs organisations de défense des droits humains affirment que plus de 1 000 personnes auraient été tuées par les forces de sécurité. Le gouvernement, de son côté, qualifie ces chiffres d’« exagérés » sans toutefois publier de bilan officiel.
Les documents judiciaires précisent que les accusés auraient « cherché à entraver le bon déroulement des élections de 2025 » et à « intimider le pouvoir exécutif », tout en causant des dommages matériels aux biens de l’État.
Parmi les inculpés figure une femme d’affaires accusée d’avoir incité à manifester et encouragé la population à acheter des masques à gaz lacrymogène dans son commerce. Aucun des autres accusés ne semble être une personnalité publique, et selon Boniface Mwabukusi, président de l’Association des avocats de Tanzanie continentale, la plupart ne bénéficieraient pas d’une représentation juridique.
Face à cette situation, plusieurs voix religieuses appellent à l’apaisement. Benson Bagonza, évêque de l’Église évangélique luthérienne de Tanzanie, a averti que ces poursuites risquaient « d’exacerber les tensions ». Il a exhorté le gouvernement à « partager la douleur du peuple » plutôt qu’à « multiplier les arrestations ».
Les manifestations ont éclaté après l’exclusion controversée des deux principaux candidats de l’opposition à la présidentielle, dont Tundu Lissu, chef du CHADEMA, lui-même inculpé de trahison en avril dernier.
Malgré les critiques de l’Union africaine, qui a jugé le scrutin « non crédible » et dénoncé des bourrages d’urnes, la présidente sortante Samia Suluhu Hassan a été déclarée victorieuse avec près de 98 % des voix avant de prêter serment lundi.


