Au Sénégal, le Premier ministre Ousmane Sonko a annoncé une série de mesures fortes visant à revoir en profondeur la gestion des ressources naturelles du pays. Lors d’une allocution télévisée, le chef du gouvernement a promis des réformes radicales, notamment la révision de contrats gaziers jugés déséquilibrés, la révocation de dizaines de permis miniers et le gel de comptes d’une grande entreprise du secteur des phosphates.
Au cœur de cette offensive figure le projet gazier Greater Tortue Ahmeyim, exploité par la compagnie britannique BP. Selon les conclusions d’une enquête gouvernementale, le contrat signé autour de ce projet stratégique serait « unilatéral et inéquitable » pour l’État sénégalais. Le Premier ministre a indiqué que ces accords feront l’objet d’un examen approfondi dans le cadre d’un vaste audit des contrats liés aux ressources naturelles et aux infrastructures.
Arrivé au pouvoir en 2024 avec la promesse de renforcer la souveraineté économique du pays, le gouvernement entend ainsi corriger les déséquilibres hérités des précédents accords. Pour Ousmane Sonko, ces renégociations devraient permettre d’améliorer les finances publiques tout en favorisant un accès plus abordable au gaz pour les industries et les populations.
Cette initiative intervient alors que le Sénégal traverse une période financière délicate. Selon le Fonds monétaire international, la dette publique du pays aurait atteint près de 132 % du produit intérieur brut à la fin de l’année 2024. Face à cette situation, le gouvernement multiplie les mesures d’assainissement budgétaire, dont la fermeture annoncée de plusieurs agences publiques.
Par ailleurs, l’exécutif étudie la nationalisation du projet gazier Yakaar-Teranga, actuellement exploité par la société américaine Kosmos Energy. Les discussions seraient proches d’aboutir et pourraient permettre à l’État sénégalais de reprendre le contrôle du bloc dans les prochaines semaines, selon les autorités.
Le gouvernement n’a toutefois pas donné de précisions sur la situation du champ pétrolier et gazier de Sangomar, exploité par la société australienne Woodside Energy. Ce site est particulièrement stratégique, puisque le pays est officiellement devenu producteur de pétrole après le démarrage de la production en juin 2024.
Dans le secteur minier, l’offensive est également significative. Les autorités ont annoncé la révocation de 71 permis miniers, dont plusieurs licences d’exploitation aurifère, en raison du non-respect des obligations contractuelles par certaines entreprises.
Autre décision marquante : le gel des comptes de la société Industries Chimiques du Sénégal, filiale contrôlée par le groupe singapourien Indorama Corporation. L’entreprise devra verser environ 250 milliards de francs CFA à l’État avant toute levée de cette mesure, selon les déclarations du Premier ministre.
Pour le gouvernement sénégalais, ces décisions s’inscrivent dans une volonté de restaurer la transparence et de maximiser les retombées économiques des ressources naturelles. « Nous allons complètement changer notre façon de faire », a affirmé Ousmane Sonko, indiquant que l’examen des contrats se poursuivra tout au long du mandat gouvernemental.


