Depuis son accession à l’indépendance en 1960, l’évolution sociale du Togo a suivi un parcours semé d’embûches, alternant entre périodes de stabilité, phases de stagnation et efforts de redressement. L’avènement de la démocratie dans les années 1990, censé ouvrir la voie à une prospérité durable, a paradoxalement marqué un tournant difficile pour ce pays d’un peu plus de huit millions d’habitants.
Au lieu d’impulser un véritable développement, cette période démocratique a fragilisé les fondements économiques du pays. Le climat sociopolitique, miné par des tensions, des mouvements de grève et une coopération internationale suspendue, a plongé le pays dans une crise dont les séquelles pèsent encore sur sa trajectoire. L’économie togolaise, alors en plein essor, s’est effondrée. Les services sociaux essentiels tels que l’éducation, la santé et l’approvisionnement en eau ont été durablement affectés.
Gilbert Bawara, ministre en charge du Dialogue social, reconnaît que cette période de turbulence a gravement entravé le développement : la rupture brutale des investissements, la dégradation des infrastructures sociales, l’exode des fonctionnaires, l’arrêt des recrutements et l’absence d’avancement effectif dans la fonction publique en sont quelques conséquences notables.
La reconstruction post-crise s’est révélée ardue. Le recours aux enseignants volontaires, le financement communautaire dans les secteurs sociaux, ou encore l’embauche contractuelle via les COGES dans les centres de santé illustrent l’improvisation nécessaire face à un État désarmé. Il faudra attendre l’arrivée au pouvoir du président Faure Gnassingbé en 2005 pour voir les premiers signes de stabilisation. Son gouvernement engage des réformes visant l’apaisement social, relance les recrutements publics, met en œuvre une politique de dialogue tripartite et commence à régler les arriérés de salaires.
Les efforts ont rapidement produit des résultats tangibles. Dans le secteur de la santé, la création de l’INAM, le redressement de la CNSS et la construction de l’hôpital de référence Dogta Lafiè marquent un tournant. L’assurance maladie devient une réalité, bien que sa couverture reste encore à améliorer. Côté éducation, la gratuité progressive des frais de scolarité et l’ouverture de cantines scolaires ont permis de retenir les élèves, notamment les plus vulnérables.
Dans l’ensemble de la fonction publique, plus de 10 000 recrutements ont été effectués entre 2024 et 2025. À cela s’ajoutent des relèvements de salaires d’au moins 15 % entre 2020 et 2025, ainsi que des subventions ciblées sur les produits de base, l’électricité et l’eau. La relance économique se traduit également par des investissements dans les infrastructures et l’agriculture, avec le développement des ZAAP et des agropoles couvrant plus de 32 000 hectares.
Toutefois, les efforts de redressement sont mis à rude épreuve par la pandémie de COVID-19 et les répercussions économiques du conflit russo-ukrainien. Le coût de la vie s’envole, fragilisant les ménages. Le gouvernement tente de répondre par des mesures d’atténuation, consciente que seule une production nationale accrue, soutenue par des politiques adaptées au climat et aux défis modernes, permettra un rétablissement durable.
Le Togo avance, certes lentement, mais avec résilience. Sa reconstruction sociale et économique nécessite un engagement collectif. Le dialogue social, redevenu dynamique, constitue le socle de cette marche vers un avenir plus équitable. Il s’agit désormais de consolider les acquis, tout en élargissant les réformes vers une inclusion réelle des jeunes, des femmes et des zones rurales, afin que le développement cesse d’être un vœu pieux pour devenir une réalité partagée.


