La capitale togolaise a accueilli du 12 au 14 mai 2025 la première Conférence de l’Union africaine sur la dette publique. Trois jours d’intenses réflexions ont abouti à l’adoption d’un document majeur baptisé « Déclaration de Lomé », qui jette les bases d’une approche africaine plus souveraine, solidaire et réaliste de la dette.
Axée sur le thème « L’agenda africain de gestion de la dette publique : restaurer et préserver la viabilité de la dette », la rencontre a réuni experts, décideurs et institutions partenaires autour d’un même constat : les mécanismes actuels de financement et de gestion de la dette ne répondent plus aux besoins ni aux réalités du continent. Face à l’urgence d’un nouveau paradigme, les parties prenantes ont affirmé leur engagement à transformer la relation de l’Afrique à la dette, en alliant exigence de responsabilité et quête de justice économique.
Dans la déclaration finale, les États africains s’accordent à plaider pour l’annulation ciblée de certaines dettes, notamment dans les pays en incapacité de paiement, tout en posant les jalons d’une croissance inclusive avec des taux annuels compris entre 7 % et 10 %. L’objectif est clair : faire de la dette un levier stratégique de transformation et non un facteur d’asphyxie. Pour y parvenir, la mise en place de cadres macroéconomiques stables, adaptés aux réalités africaines, s’impose comme une priorité. Une gouvernance budgétaire rigoureuse et la promotion de politiques responsables sont désormais érigées en principes fondamentaux.
La conférence appelle également à diversifier les sources de financement. Au-delà des emprunts classiques, il est question d’intégrer des instruments innovants comme les obligations durables, les financements liés au climat, les partenariats public-privé ou encore les obligations Panda. La création rapide d’un Mécanisme africain de stabilité financière (MASF) est exigée pour répondre aux chocs de liquidité et renforcer la résilience monétaire des États. Une Agence panafricaine de notation de crédit devrait également voir le jour, pour corriger les distorsions imposées par les agences internationales et redonner à l’Afrique un accès plus équitable aux marchés financiers mondiaux.
La Déclaration de Lomé va plus loin en plaidant pour un reprofilage préventif de la dette, afin de désamorcer les crises avant qu’elles ne deviennent ingérables. Il s’agit de restructurer intelligemment, sans attendre l’effondrement. Ce changement de posture s’accompagne d’un appel à réformer de toute urgence les critères d’allocation des Droits de Tirage Spéciaux (DTS) du FMI, jugés déséquilibrés et inadaptés. Les États demandent également une remise à plat des outils d’analyse actuels, qui sous-évaluent souvent la complexité des défis africains.
En inscrivant cette nouvelle dynamique dans un document de référence, Lomé s’impose comme le point de départ d’une doctrine continentale de la dette, lucide mais résolument tournée vers l’avenir.


