Le chef de file de l’opposition tanzanienne, Tundu Lissu, a comparu lundi devant un tribunal, appelant ses partisans à rester confiants malgré les accusations de trahison qui pèsent contre lui. Ce retour devant la justice intervient après son refus de participer à une audience virtuelle le 24 avril dernier, dénonçant une procédure qu’il jugeait inéquitable. Ce jour-là, les autorités avaient opté pour une comparution par liaison vidéo depuis la prison, ce que Lissu avait rejeté.
Lundi matin, poing levé, il est entré dans la salle d’audience sous les acclamations de ses soutiens, qui scandaient « Pas de réformes, pas d’élections », selon une vidéo diffusée par son parti CHADEMA sur X. Face au tribunal, Lissu s’est voulu rassurant : « Tout ira bien. N’ayez crainte », a-t-il lancé en s’installant sur le banc des accusés, avant de brandir le signe de la victoire.
Figure de l’opposition, grièvement blessé par balles en 2017 lors d’une attaque non élucidée, Lissu avait terminé deuxième à la présidentielle précédente. Il est désormais accusé de trahison, les procureurs affirmant qu’il aurait tenu des propos incitant la population à la rébellion et à perturber les élections générales prévues pour octobre.
Cette affaire relance les interrogations sur l’engagement de la présidente Samia Suluhu Hassan en matière de droits humains. Alors qu’elle ambitionne un second mandat, son gouvernement est critiqué pour une série d’arrestations jugées arbitraires. Pourtant, la cheffe de l’État assure que le respect des droits fondamentaux reste une priorité.
Le parti CHADEMA, pour sa part, conditionne sa participation aux prochaines élections à une réforme en profondeur du processus électoral, qu’il considère comme biaisé en faveur du parti au pouvoir.
La résonance de cette affaire dépasse les frontières tanzaniennes. Lundi, plusieurs figures de la société civile kényane, dont l’ancienne ministre de la Justice Martha Karua et l’ex-président de la Cour suprême Willy Mutunga, ont été refoulées à leur arrivée à l’aéroport Julius Nyerere de Dar es Salaam. Venus en solidarité à Lissu, ils ont dénoncé une instrumentalisation politique de l’appareil sécuritaire. « L’État ne peut pas devenir un outil personnel. On ne peut pas expulser des gens simplement parce qu’ils ne partagent pas nos opinions », a déclaré Karua à la chaîne NTV après avoir été renvoyée à Nairobi.
Parallèlement, le militant kényan des droits humains Hussein Khalid a indiqué sur X être toujours détenu avec Mutunga dans une salle d’interrogatoire de l’aéroport, dans l’attente d’une expulsion imminente.
Dans un climat politique de plus en plus tendu, la Tanzanie se trouve à la croisée des chemins. Entre aspirations démocratiques et crispations autoritaires, le procès de Tundu Lissu pourrait bien marquer un tournant décisif à quelques mois d’une élection à hauts risques.


