Le Sénégal traverse l’une des plus graves crises budgétaires de son histoire récente. Depuis la révélation en 2024 d’une dette publique largement sous-estimée par l’ancien régime, le pays fait face à une série de défis financiers qui pèsent sur son économie, ses relations avec les bailleurs internationaux et ses perspectives de croissance.
L’arrivée au pouvoir de Bassirou Diomaye Faye en mars 2024 marque le début d’un vaste processus d’audit des finances publiques. Quelques mois plus tard, le Premier ministre Ousmane Sonko accuse l’administration précédente dirigée par Macky Sall d’avoir dissimulé une partie importante de la dette et présenté des données budgétaires inexactes aux partenaires financiers.
Les inquiétudes se renforcent en février 2025 lorsque la Cour des comptes du Sénégal confirme que la dette publique atteignait en réalité près de 100 % du PIB fin 2023, contre 74,4 % officiellement annoncés auparavant. Cette révélation met en lumière plusieurs milliards de dollars d’endettement non déclarés.
Face à cette situation, le Fonds Monétaire International suspend un programme de financement de 1,8 milliard de dollars et exige des clarifications avant toute reprise des négociations. Les agences de notation internationales réagissent également en dégradant la note souveraine du Sénégal, reflétant les inquiétudes des marchés sur la soutenabilité de la dette.
Malgré ces difficultés, les autorités sénégalaises tentent de rassurer les investisseurs. Le gouvernement a multiplié les réformes visant à renforcer la collecte des recettes fiscales, réduire la dépendance aux financements extérieurs et limiter le recours à de nouveaux emprunts internationaux.
Toutefois, les tensions persistent avec le FMI. Les discussions sur un nouveau programme d’assistance financière ont été ralenties par des divergences concernant la gestion budgétaire, les subventions énergétiques et les mesures correctives à adopter après les irrégularités constatées.
En 2026, les perspectives économiques se sont assombries. Le gouvernement prévoit une croissance de seulement 2,5 %, tandis que le FMI table sur un rythme encore plus faible de 2,2 %, loin des performances enregistrées les années précédentes.
La crise a également eu des répercussions politiques majeures. En mai 2026, le président Bassirou Diomaye Faye a procédé à un remaniement spectaculaire en mettant fin aux fonctions d’Ousmane Sonko à la tête du gouvernement avant de nommer l’économiste Ahmadou Al Aminou Lo comme nouveau Premier ministre. Sonko a par la suite été élu à la présidence du Parlement, illustrant les recompositions en cours au sommet de l’État.
Alors que le Sénégal poursuit ses discussions avec le FMI pour retrouver une trajectoire financière stable, les autorités cherchent à éviter une restructuration de la dette, un scénario qui pourrait fragiliser davantage la confiance des investisseurs et compliquer l’accès aux financements internationaux.
L’enjeu est désormais de restaurer la crédibilité budgétaire du pays tout en maintenant les investissements nécessaires à la croissance, à l’emploi et au développement. Les prochains mois seront déterminants pour l’avenir économique de l’un des principaux pôles économiques d’Afrique de l’Ouest.


