Des heurts ont éclaté ce mercredi sur le campus de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, où des centaines d’étudiants ont affronté les forces de sécurité alors qu’ils réclamaient le paiement des bourses et une amélioration des aides financières. Dans un contexte de fortes tensions budgétaires au Sénégal, la situation a rapidement dégénéré.
Les autorités universitaires ont requis l’intervention des forces de l’ordre pour contenir les débordements, alors que des étudiants lançaient des projectiles et que les policiers répondaient par des tirs de gaz lacrymogènes. Plusieurs blessés ont été signalés et les équipes médicales sur place se sont retrouvées dépassées face à l’afflux de manifestants en détresse.
Selon certains étudiants, dont Pape Demba Niane, inscrit en troisième année de droit, la confrontation a éclaté alors qu’ils tentaient d’obtenir un canal de discussion. « La police est entrée sur le campus alors que nous voulions dialoguer. Il y a des blessés partout et les services médicaux n’arrivent plus à suivre », a-t-il témoigné.
Pour les organisations étudiantes, ces tensions sont le résultat d’un long cycle de frustrations ignorées. « Depuis plus d’un an, nous avons tenté de manifester calmement sans aucune réaction des autorités », déplore Demba Ka, responsable d’une association du campus. Il estime que l’intervention policière n’a fait qu’aggraver une situation déjà explosive dans une université qui comptait près de 90 000 étudiants en 2024.
La colère étudiante se nourrit également du contexte national. Le pays fait face à une crise financière sévère, avec une dette estimée à 132 % du PIB selon le FMI. Le gouvernement du président Bassirou Diomaye Faye et du Premier ministre Ousmane Sonko – lui-même ancien étudiant de l’UCAD – est critiqué pour sa gestion jugée insuffisante des défis sociaux et économiques.
Un audit commandé par la nouvelle administration a révélé un déficit et un niveau d’endettement plus élevés qu’annoncé par le gouvernement précédent. Dans le même temps, les discussions avec le Fonds monétaire international pour un nouvel accord financier avancent lentement, accentuant le climat d’incertitude et la montée du mécontentement populaire.


