L’ancien ministre sénégalais de la Justice, Ismaïla Madior Fall, fait désormais face à la justice de son pays. Il a été placé sous contrôle judiciaire le mardi 20 mai 2025, à l’issue de son audition par la Haute Cour de justice. Cette mesure, qui inclut une assignation à domicile et le port d’un bracelet électronique, intervient dans le cadre d’une enquête pour corruption et détournement de fonds publics.
Ancien garde des Sceaux entre 2017 et 2023 sous la présidence de Macky Sall, Ismaïla Madior Fall est accusé d’avoir exigé un paiement indu dans l’attribution d’un marché public lié à la construction d’un Centre de surveillance électronique. Le dossier s’est déclenché à la suite des déclarations d’un promoteur immobilier, qui affirme avoir versé 50 millions de francs CFA à l’ex-ministre. Ce montant représenterait une première tranche sur une somme totale de 250 millions réclamée, selon lui, en échange de l’attribution du contrat.
L’affaire, qui prend une ampleur politique, s’inscrit dans une série de poursuites engagées contre d’anciens membres du gouvernement. L’Assemblée nationale a récemment validé la mise en accusation de cinq anciens ministres, dont Ismaïla Madior Fall. L’ancien directeur des constructions publiques du ministère de la Justice est également cité dans cette affaire et a été placé en garde à vue.
Face aux accusations, l’ancien ministre a reconnu publiquement avoir reçu les fonds. Il a toutefois affirmé les avoir restitués, parlant d’un « arrangement diplomatique » qu’il justifie par une dation en paiement. Une version qui ne semble pas avoir convaincu les enquêteurs en charge du dossier.
La démarche judiciaire actuelle ne se limite pas à son cas. Elle concerne également Ndèye Saly Diop, ancienne ministre de la Femme, de la Famille et de l’Enfance, qui a comparu la veille et a été placée sous contrôle judiciaire après avoir versé une caution de 57 millions de francs CFA. Trois autres anciens ministres, dont Moustapha Diop, Aïssatou Sophie Gladima et Mansour Faye, doivent également être entendus dans les jours à venir. Tous sont mentionnés dans un rapport accablant de la Cour des comptes publié en 2022, relatif à la gestion des fonds dédiés à la lutte contre la pandémie de Covid-19.
L’affaire fait un tollé dans l’utilisation de la Haute Cour de justice, une juridiction rarement mobilisée au Sénégal. Elle n’a été activée que dans quelques affaires emblématiques depuis l’indépendance, dont le procès historique de Mamadou Dia en 1962 et celui d’Idrissa Seck en 2005. Le traitement judiciaire actuel de ces anciens ministres ouvre ainsi une nouvelle phase dans la lutte contre l’impunité et la corruption dans le pays.


