La justice tunisienne a durci, mardi, son bras de fer avec l’opposition. Une cour d’appel a confirmé et alourdi les peines de prison prononcées contre plusieurs personnalités politiques et sécuritaires de premier plan, poursuivies pour complot contre l’État, dans un contexte de crispation politique persistante.
Parmi les condamnés figure Rached Ghannouchi, chef historique du parti Ennahda et figure centrale de l’opposition. Âgé de 84 ans, l’ancien président du Parlement dissous en 2021 a vu sa peine portée à 20 ans de prison, contre 14 ans en première instance. Déjà incarcéré depuis 2023, il cumule désormais près de 50 ans de condamnations dans différentes affaires judiciaires.
La cour a également confirmé une peine de 35 ans de prison à l’encontre de Nadia Akacha, ancienne cheffe de cabinet du président Kaïs Saïed, jugée par contumace après avoir quitté le pays. Des sanctions similaires ont été maintenues contre plusieurs anciens responsables, dont Kamel Guizani, ex-directeur des services de renseignement, Rafik Abdessalem, ancien ministre des Affaires étrangères, et Mouadh Ghannouchi, fils du leader d’Ennahda. Tous résident actuellement à l’étranger.
Au total, 21 personnes sont impliquées dans ce dossier qualifié de complot contre la sûreté de l’État, dont une partie est détenue et l’autre en exil. Les accusés rejettent unanimement les charges, dénonçant un dossier à caractère politique destiné, selon eux, à neutraliser les voix critiques du pouvoir.
Depuis la concentration des pouvoirs entre les mains du président Kaïs Saïed en 2021, marquée par la dissolution du Parlement et la mise à l’écart du Conseil supérieur de la magistrature, plusieurs figures politiques, journalistes et opposants ont été poursuivis ou emprisonnés. Une évolution que l’opposition assimile à une rupture de l’ordre démocratique issu de la révolution de 2011. Le chef de l’État réfute ces accusations, affirmant agir dans le strict respect de la loi pour mettre fin à ce qu’il décrit comme des années de dérives et de corruption.


