Le président américain Donald Trump a une nouvelle fois remis en cause l’intégrité du système électoral des États-Unis. À moins de quatre mois des élections de mi-mandat, il a profité d’une allocution officielle consacrée à la sécurité des scrutins pour accuser la Chine d’avoir mené une vaste opération de compromission des données électorales américaines lors de l’élection présidentielle de 2020. Des accusations qui, une fois encore, ne s’accompagnent d’aucune preuve démontrant une manipulation du vote ou une altération des résultats.
S’exprimant depuis la salle Est de la Maison-Blanche, Donald Trump a affirmé que des documents récemment déclassifiés par son administration révélaient l’existence de failles majeures dans les infrastructures électorales américaines. Selon lui, Pékin aurait obtenu illégalement près de 220 millions de fichiers d’électeurs américains dans le but de compromettre sa réélection face au démocrate Joe Biden. Le président a également accusé ce qu’il qualifie d’« État profond » d’avoir volontairement dissimulé ces informations au cours de son premier mandat.
Le chef de l’exécutif américain a soutenu que ces documents mettaient en évidence des vulnérabilités liées au piratage informatique et à l’ingérence étrangère. Toutefois, les pièces rendues publiques sur le site de la Maison-Blanche sont largement caviardées et plusieurs médias américains, dont The New York Times, estiment qu’elles ne permettent pas de confirmer les affirmations présidentielles. Certains passages seraient même en contradiction avec les accusations formulées par Donald Trump.
Le président n’a présenté aucun élément démontrant qu’une puissance étrangère aurait modifié le déroulement des élections, manipulé les bulletins de vote ou influencé directement les résultats du scrutin de 2020. Malgré cela, il a de nouveau dénoncé les prétendues failles des systèmes de vote électronique, évoqué la présence de centaines de milliers de personnes non citoyennes sur les listes électorales et plaidé en faveur de l’adoption du SAVE America Act, un projet de loi destiné à renforcer les conditions d’inscription des électeurs, sans lien direct avec les accusations d’ingérence étrangère.
La Chine a rapidement rejeté ces nouvelles accusations. Par la voix de son ambassade à Washington, Pékin a contesté les déclarations du président américain, quelques semaines seulement après la visite de Donald Trump en Chine, au cours de laquelle il avait publiquement salué son homologue Xi Jinping et qualifié leurs relations d’excellentes.
Les déclarations du président ont également suscité de vives réactions sur la scène politique américaine. Les démocrates l’accusent de raviver les contestations autour de sa défaite électorale de 2020 afin de mobiliser son électorat à l’approche des élections de mi-mandat. Plusieurs responsables électoraux républicains ont eux aussi contesté ses affirmations. Stephen Richer, ancien responsable des élections dans le comté de Maricopa, en Arizona, a rappelé que les votes sont enregistrés sur des bulletins papier vérifiables, permettant d’effectuer des recomptages manuels en cas de contestation.
Les accusations du président se heurtent également aux conclusions des agences américaines de renseignement. Dans une évaluation déclassifiée publiée en mars 2021, la communauté du renseignement des États-Unis avait conclu qu’aucun acteur étranger n’avait tenté de modifier les aspects techniques du processus électoral de 2020, qu’il s’agisse de l’inscription des électeurs, du vote, du dépouillement ou de la transmission des résultats. Ce rapport indiquait par ailleurs que la Chine n’avait mené aucune opération visant à interférer directement dans le scrutin, même si certaines actions d’influence sur les réseaux sociaux avaient été envisagées.
Selon plusieurs sources citées par Reuters, les services de renseignement estiment que Pékin a pu accéder à certaines bases de données publiques concernant les électeurs, comme celles accessibles dans plusieurs États américains, sans toutefois compromettre les systèmes électoraux eux-mêmes. Les experts rappellent que ces listes sont couramment utilisées par les partis politiques, les cabinets de conseil et les organisations de campagne pour cibler leurs actions de communication.
Depuis quatre ans, Donald Trump continue d’affirmer que l’élection présidentielle de 2020 lui a été volée. Des allégations qui ont été rejetées à de nombreuses reprises par les tribunaux américains, les audits électoraux et les autorités fédérales chargées de la cybersécurité. L’Agence américaine de cybersécurité et de sécurité des infrastructures (CISA) avait d’ailleurs qualifié le scrutin de 2020 de « plus sûr de l’histoire des États-Unis », une conclusion qui demeure, à ce jour, la position officielle des autorités américaines.


