À deux mois des élections législatives, locales et sénatoriales prévues le 24 mai, la scène politique en Guinée connaît un bouleversement majeur. Le gouvernement a décidé de dissoudre quarante partis politiques d’opposition à travers un arrêté signé par le ministre de l’Administration du territoire et de la Décentralisation, Ibrahima Kalil Condé.
La décision a été rendue publique dans la nuit du vendredi 6 au samedi 7 mars sur la télévision nationale. Elle intervient dans un contexte politique déjà tendu à l’approche des échéances électorales. Selon les autorités, les formations politiques concernées ne respecteraient pas certaines dispositions de la nouvelle législation encadrant les partis adoptée en 2025.
Parmi les organisations dissoutes figurent plusieurs formations majeures de l’opposition, notamment le Rassemblement du peuple de Guinée (RPG) de l’ancien président Alpha Condé, l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) dirigée par Cellou Dalein Diallo, ainsi que l’Union des forces républicaines (UFR) de l’ancien Premier ministre Sidya Touré.
Selon l’arrêté ministériel, ces partis perdent immédiatement leur personnalité morale et leur statut juridique. Ils ne sont donc plus autorisés à exercer d’activités politiques sur le territoire national. La décision prévoit également la mise sous scellés de leurs sièges et la confiscation de leurs biens, ainsi que l’interdiction d’utiliser leurs logos, sigles et autres signes distinctifs.
Pour le gouvernement, ces mesures s’expliquent par des « manquements aux obligations légales ». Les autorités estiment que les formations concernées ne se sont pas conformées à la nouvelle loi adoptée le 21 novembre 2025 par le Conseil national de la Transition, qui encadre désormais l’organisation, le fonctionnement et le contrôle des partis politiques.
Du côté de l’opposition, la décision est vivement contestée. Le président du Parti du renouveau et du progrès (PRP), Rafiou Sow, dénonce une mesure « injuste et injustifiée ». Il affirme que son parti avait transmis les documents demandés par l’administration et assure vouloir continuer à participer au débat politique dans le pays.
Même son de cloche du côté de l’UFDG. Son porte-parole, Souleymane Souza Konaté, parle d’une « parodie politique » visant à réduire au silence les voix critiques. Selon lui, cette décision risque de fragiliser la démocratie et d’accentuer les tensions politiques à l’approche des élections.
Plusieurs organisations de la société civile, dont le Front national pour la défense de la Constitution (FNDC), s’inquiètent également des conséquences de cette décision sur l’avenir politique du pays. La disparition de plusieurs grands partis pourrait, selon elles, créer un déséquilibre dans la compétition électorale prévue en mai.
À moins de deux mois du scrutin, cette décision rebat donc les cartes du paysage politique guinéen et suscite de nombreuses interrogations sur les conditions dans lesquelles se dérouleront les prochaines élections.


