Le Rwanda pourrait bien devenir, à nouveau, un terrain d’atterrissage pour les migrants refoulés des grandes puissances occidentales. Dimanche soir, le ministre rwandais des Affaires étrangères, Olivier Nduhungirehe, a confirmé sur la chaîne publique Rwanda TV l’ouverture de pourparlers avec les États-Unis en vue d’un éventuel accord sur l’accueil de migrants expulsés.
Ces discussions, selon le chef de la diplomatie rwandaise, en sont encore à leurs balbutiements. « Nous n’en sommes pas encore au stade où nous pouvons dire exactement comment les choses vont se dérouler », a-t-il précisé. Mais la simple évocation de cette coopération réveille déjà de nombreuses interrogations.
Au cours des dernières années, Kigali s’est forgé une réputation controversée en matière de politique migratoire. En 2022, le Rwanda avait conclu un accord très médiatisé avec le Royaume-Uni pour recevoir des demandeurs d’asile, projet finalement abandonné en 2024 par le Premier ministre britannique Keir Starmer. Aujourd’hui, c’est vers Washington que Kigali tourne son regard.
Dans un climat international marqué par un durcissement migratoire, notamment aux États-Unis sous l’administration Trump, cette annonce intervient alors que la Maison-Blanche poursuit une politique agressive d’expulsion des migrants en situation irrégulière. L’administration a même cherché à relancer des dispositions juridiques exceptionnelles, rarement utilisées hors période de guerre, pour faciliter ces renvois.
Déjà, un réfugié irakien soupçonné de liens avec l’État islamique a été expulsé vers le Rwanda le mois dernier. Ce cas singulier relance les inquiétudes des organisations de défense des droits de l’homme, à l’instar du HCR, qui craint que certains migrants ne soient renvoyés vers les pays qu’ils ont fui. Kigali, pour sa part, rejette ces accusations et accuse le HCR de mensonges.
Alors que les contours de l’accord restent flous, une chose semble certaine : le Rwanda continue d’assumer, à contre-courant des critiques internationales, son rôle de partenaire migratoire des grandes puissances. Une posture géopolitique assumée, mais à haute sensibilité diplomatique.


