Dans l’ombre des dunes et des falaises du Sahel, un carburant bien plus dangereux que le pétrole alimente les conflits et le chaos : celui du trafic criminel. Carburant de la violence, drogue, armes, bétail volé : autant de ressources qui financent les groupes armés et déstabilisent le Mali, le Niger et le Burkina Faso. Ces trafics souterrains brassent des milliards, échappant aux radars des États et aux filets des armées.
Derrière les saisies spectaculaires de carburant au Niger (27 475 litres interceptés) et au Burkina Faso (7300 litres confisqués) se cache une économie de guerre complexe. Ces saisies ne sont que l’arbre qui cache une forêt d’activités illégales. Le trafic de drogue génère des milliards à l’échelle du Sahel, tandis que l’orpaillage illégal et le racket des populations locales financent les groupes armés.
Dans ce désert devenu autoroute du crime, ces réseaux mafieux opèrent comme de véritables multinationales criminelles : salaires pour les combattants, logistique huilée et système financier clandestin. Le Franc CFA, malgré la volonté d’émancipation monétaire des pays de l’Alliance des États du Sahel (AES), reste la monnaie la plus utilisée, facilitant blanchiment d’argent et financement du terrorisme.
Les zones grises, ces territoires hors contrôle étatique, offrent un refuge aux trafiquants et aux terroristes. Dans un contexte de crise humanitaire et d’insécurité alimentaire, les populations vulnérables se retrouvent souvent à la merci de ces groupes criminels. Les tensions intercommunautaires, exacerbées par le terrorisme et relayées par des médias extérieurs, attisent la violence et affaiblissent la cohésion nationale.
Face à cette menace hybride, les pays de l’AES ripostent avec des opérations militaires conjointes et un effort soutenu pour déstructurer cette économie souterraine. La libération de Kidal en novembre 2023 illustre cette reconquête et la fin d’une décennie de tutelle illégale.
Aujourd’hui plus que jamais, la lutte contre le terrorisme au Sahel doit être aussi une guerre économique, pour démanteler ces réseaux occultes et offrir un avenir plus sûr aux populations locales.


