L’affaire Shakahola connaît un nouveau rebondissement judiciaire. Le prédicateur kényan Paul Mackenzie et sept de ses proches collaborateurs ont été inculpés mercredi pour de nouveaux faits liés à la mort de 52 personnes, dont les dépouilles ont été découvertes en 2025 dans des tombes peu profondes à Kwa Binzaro, dans le sud-est du Kenya.
Déjà poursuivi pour meurtre et infractions terroristes dans le dossier principal de la forêt de Shakahola, le fondateur de l’église Good News International voit ainsi le champ des accusations s’élargir. Cette tragédie, qui a profondément marqué l’opinion publique kényane et internationale, est considérée comme l’un des drames les plus graves jamais liés à une secte dans la région.
Selon l’acte d’accusation, les victimes auraient été attirées dans des zones reculées sous l’influence de prêches radicaux, avec la promesse d’un salut spirituel avant une prétendue fin du monde. Les autorités soutiennent que des adeptes, y compris des enfants, auraient été encouragés à se laisser mourir de faim. Paul Mackenzie rejette catégoriquement ces accusations.
Les investigations, lancées il y a deux ans, avaient déjà conduit à l’exhumation de plus de 400 corps dans la forêt de Shakahola, dans le comté de Kilifi. L’enquête s’est ensuite étendue à d’autres sites. En août 2025, 52 nouvelles dépouilles ont été mises au jour à Kwa Binzaro, à une trentaine de kilomètres du premier site, confirmant l’ampleur du drame.
Mercredi, les accusés ont comparu devant un tribunal de Mombasa pour une audience de plaidoirie conjointe. Les chefs d’accusation incluent notamment le meurtre, la participation à une organisation criminelle en vertu de la législation kényane sur le crime organisé, ainsi que des infractions liées à la radicalisation et au terrorisme.
Le Bureau du directeur des poursuites publiques a par ailleurs révélé que des notes manuscrites auraient été retrouvées dans la cellule occupée par Mackenzie, évoquant des transactions financières réalisées via des téléphones portables. Des éléments qui pourraient, selon les enquêteurs, éclairer le fonctionnement interne du groupe.
Dans un pays de plus de 230 millions d’habitants marqué par une grande diversité religieuse, cette affaire soulève des interrogations profondes sur l’encadrement des mouvements religieux, la vulnérabilité sociale et la capacité des institutions à prévenir les dérives sectaires. Tous les accusés ont plaidé non coupables.
Au-delà des chiffres et des procédures, ce sont des familles brisées, des communautés traumatisées et une nation en quête de réponses qui attendent désormais que la justice fasse toute la lumière sur l’affaire Shakahola.


