Ce samedi 15 février 2025, le Togo entre dans une nouvelle ère politique avec l’organisation de ses premières élections sénatoriales. Un scrutin qui s’inscrit dans la mise en place de la nouvelle Constitution adoptée en 2024, mais qui continue de diviser l’opinion publique.
Dans les rues de Lomé, l’effervescence est discrète. Si ce vote marque un tournant institutionnel, il ne suscite pas l’engouement populaire des grandes échéances électorales. Et pour cause, seuls les conseillers municipaux et régionaux sont appelés aux urnes pour élire 41 sénateurs sur les 61 que comptera la nouvelle chambre haute. Les 20 autres seront directement nommés par le président du Conseil des ministres.
Avec cette réforme, le Togo abandonne l’élection présidentielle au suffrage universel pour un régime parlementaire où le pouvoir exécutif sera confié au président du Conseil, chef du parti majoritaire à l’Assemblée nationale. Officiellement, cette réorganisation vise à renforcer la décentralisation et la gouvernance locale. Mais dans les coulisses, une autre lecture se dessine : celle d’un passage en douceur pour Faure Gnassingbé, qui dirige le pays depuis 2005 et dont le parti, l’Union pour la République (Unir), a raflé la quasi-totalité des sièges aux dernières législatives.
Pour l’opposition et de nombreux acteurs de la société civile, ce changement constitutionnel est une « manœuvre politique » destinée à pérenniser un pouvoir déjà solidement installé. « On nous prive du droit de choisir notre président, alors qu’un chef de gouvernement issu d’un parti unique aura les pleins pouvoirs. Où est la démocratie dans tout ça ? » s’interroge Améyo, une commerçante du Grand Marché de Lomé, partagée entre résignation et incompréhension.
Le boycott du scrutin par plusieurs partis d’opposition, dont l’ANC et le FDR, traduit ce malaise. « Ce Sénat sera une institution budgétivore, alors que nos communes manquent cruellement de moyens », dénoncent-ils. Pourtant, le gouvernement défend ce modèle en insistant sur la nécessité d’une meilleure représentativité des collectivités locales.
Alors que les regards sont tournés vers le Togo, la communauté internationale reste prudente. Les médias étrangers, souvent en première ligne pour observer ces moments clés, n’ont pas obtenu d’accréditations, ce qui renforce les doutes sur la transparence du processus.
Une fois le Sénat installé, Faure Gnassingbé devrait être officiellement désigné président du Conseil, tandis que députés et sénateurs éliront un président de la République aux fonctions essentiellement honorifiques. Pour certains, ce nouveau schéma institutionnel sonne comme un verrouillage politique savamment orchestré ; pour d’autres, il s’agit d’une modernisation du système démocratique.
Dans les foyers togolais, le débat est vif, mais l’issue semble déjà écrite. Et pendant que les élites politiques s’activent, le quotidien des citoyens, lui, reste le même : celui d’un peuple en quête de progrès et d’une démocratie qui, pour beaucoup, ne cesse de se redéfinir au fil des réformes.


