Tunis, 26 juillet 2025 – Une vague de colère citoyenne a de nouveau déferlé sur l’avenue Habib Bourguiba. Des centaines de manifestants tunisiens se sont rassemblés ce vendredi dans le centre de la capitale pour dénoncer ce qu’ils qualifient de dérive autoritaire du président Kais Saied, quatre ans après sa prise de pouvoir en juillet 2021.
Sous le slogan « La République est une grande prison », les protestataires ont exigé la libération immédiate des figures politiques de l’opposition, des journalistes et des activistes détenus. Des slogans tels que « Pas de peur, pas de terreur, les rues appartiennent au peuple » ou encore « Le peuple veut la chute du régime » ont rythmé la mobilisation, malgré une forte présence sécuritaire.
Depuis la suspension du parlement et la mise en veille des institutions démocratiques en 2021, les critiques se sont multipliées contre le président Saied, accusé par ses détracteurs d’avoir concentré tous les pouvoirs entre ses mains. « Notre priorité, c’est d’en finir avec la tyrannie et de restaurer l’État de droit », a déclaré Monia Ibrahim, épouse d’un opposant actuellement détenu.
Parmi les figures emblématiques emprisonnées figurent Rached Ghannouchi, leader du parti Ennahda, Abir Moussi, présidente du Parti constitutionnel libre, ainsi que plusieurs avocats et journalistes. Tous font face à des accusations sévères au nom de la lutte contre le terrorisme ou la conspiration contre l’État. Pour nombre de défenseurs des droits humains, ces charges sont politiquement motivées.
Dans ce climat de répression, nombreux sont ceux qui ont choisi l’exil. D’autres, restés au pays, vivent sous la menace permanente d’une arrestation arbitraire. « Même ceux qui ne sont pas en prison vivent dans un état de liberté sous surveillance », dénonce Saib Souab, fils de l’avocat Ahmed Souab, lui-même derrière les barreaux.
Le président Saied, quant à lui, continue d’affirmer que nul n’est au-dessus de la loi, quel que soit son statut. Pourtant, la dissolution du Conseil supérieur de la magistrature et l’éviction de plusieurs juges en 2022 ont laissé planer de sérieux doutes sur l’indépendance de la justice tunisienne.
Alors que la Tunisie traverse une crise institutionnelle sans précédent, la rue semble décidée à reprendre la parole. La démocratie, disent les manifestants, ne se négocie pas.


