Depuis quelques années, le phénomène migratoire au Togo prend une ampleur significative. Une récente enquête d’Afrobarometer révèle qu’un Togolais sur trois envisage sérieusement de quitter le pays pour un avenir à l’étranger. Ce constat met en lumière les défis socio-économiques du pays et la nécessité pour les autorités de proposer des solutions durables pour retenir les talents nationaux.
Un désir d’ailleurs motivé par des raisons économiques
D’après les résultats de l’étude, 35 % des Togolais déclarent avoir « quelque peu » ou « beaucoup » pensé à émigrer, et 17 % supplémentaires y ont réfléchi « un peu ». Cette tendance est particulièrement marquée chez les jeunes de 18 à 35 ans (41 %), les citadins de Lomé (44 %) et les personnes les plus instruites. Les motivations principales restent d’ordre économique :
- 43 % cherchent de meilleures opportunités d’emploi ;
- 26 % fuient les difficultés économiques ;
- 18 % évoquent la pauvreté ;
- 7 % espèrent développer des opportunités d’affaires.
Face à ces réalités, il devient crucial de comprendre comment le gouvernement et les acteurs du développement peuvent agir pour inverser cette tendance.
Les destinations privilégiées : un attrait croissant pour l’Amérique du Nord et l’Afrique
Parmi ceux qui envisagent l’exil, 40 % souhaitent partir en Amérique du Nord, notamment aux États-Unis et au Canada. Toutefois, le continent africain demeure une destination prisée, avec 34 % des candidats à l’émigration se tournant vers des pays voisins comme le Nigeria (4 %), d’autres États d’Afrique de l’Ouest (20 %) ou encore d’autres régions du continent (10 %). L’Europe, autrefois perçue comme une terre d’opportunités, attire aujourd’hui 14 % des Togolais désireux de partir.
Comment endiguer l’émigration croissante ?
Le gouvernement togolais, dans le cadre de sa feuille de route 2020-2025, s’est engagé à améliorer les conditions de vie des populations en mettant en œuvre des réformes économiques et des programmes de développement ambitieux. Cependant, face à la montée de l’émigration, plusieurs actions complémentaires peuvent être envisagées :
- Créer davantage d’opportunités d’emploi : renforcer le secteur privé, soutenir l’entrepreneuriat et favoriser l’investissement dans des domaines porteurs comme l’agriculture, le numérique et l’industrie.
- Améliorer les conditions de travail et de rémunération : proposer des incitations pour retenir les talents nationaux et éviter la fuite des cerveaux.
- Renforcer la formation professionnelle et l’insertion des jeunes : aligner les formations académiques sur les besoins du marché du travail pour assurer une meilleure employabilité.
- Stimuler les investissements dans les infrastructures : améliorer les services publics (éducation, santé, transport) pour offrir un cadre de vie plus attractif aux Togolais.
Un défi national à relever ensemble
Les résultats de l’enquête d’Afrobarometer, réalisée en novembre 2024 par le Center for Research and Opinion Polls (CROP), montrent une réalité préoccupante. La question de l’émigration ne peut être ignorée, et une réponse rapide et efficace est nécessaire pour inverser la tendance.
Le Togo possède des atouts considérables pour retenir ses talents : une position géographique stratégique, une population jeune et dynamique, ainsi que des ressources naturelles exploitables. Il revient aux autorités, au secteur privé et à la société civile de conjuguer leurs efforts pour bâtir un pays où chacun pourra envisager son avenir avec optimisme, sans avoir à chercher un eldorado ailleurs.


